C’est ici que se joue la réussite ou l’échec du lagon. Une piscine de 745 m³ traitée comme une piscine collective classique coûterait, en énergie seule, plus que le reste de l’exploitation du restaurant. Les opérateurs de grands lagons récréatifs ont résolu ce problème de la même manière : ne pas filtrer toute l’eau, mais faire tomber les particules au fond puis les ramasser.
| Scénario | Recirculation | Principe | Énergie | Verdict |
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| Piscine collective classique | Renouvellement en 6 h, soit 124 m³/h | Filtration à sable intégrale, chlore 1 à 3 mg/L, pas de floculation permanente. | 15 à 18 kW de pompes, environ 200 kWh par jour | Écarté. Le coût d’exploitation est trois fois supérieur pour une fréquentation de lagon très inférieure à celle d’une piscine publique. |
| Baignade naturelle biologique | Zone de régénération plantée de 300 à 600 m² | Aucun désinfectant, épuration par les plantes et le biofilm sur substrat minéral. | 2 à 3 kW, très faible consommation | Écarté. À 30 °C d’eau permanents, la charge organique et le risque de cyanobactéries dépassent la capacité du lit filtrant, et la zone de régénération consommerait la moitié de la surface disponible. |
| Lagon à flux partiel (retenu) | Renouvellement en 12 h, soit 60 m³/h | Floculation continue au PAC, filtration d’une fraction du volume, ultraviolets en ligne, ultrasons anti-algues et robot de fond quotidien. Chlore libre maintenu bas, entre 0,5 et 1,0 mg/L. | 5,5 kW de pointe, 70 kWh par jour | Retenu. C’est le principe utilisé par les opérateurs de grands lagons récréatifs : agglomérer les particules pour que le fond, et non le filtre, devienne le point de collecte, puis ramasser mécaniquement le dépôt. |
Chaîne de traitement retenue
- Reprise — 8 bondes de fond anti-vortex et 8 skimmers implantés sur la rive sous le vent, là où le vent d’est concentre naturellement les flottants. Placer des skimmers au vent ne sert à rien.
- Préfiltre et pompe — pompe 3 cv à variateur de fréquence, 60 m³/h, capable de descendre à 35 m³/h hors saison.
- Floculation en ligne — injection continue de polychlorure d’aluminium en amont des filtres. C’est ce qui agglomère les fines particules et permet le faible taux de recirculation.
- Filtration — deux filtres Ø1000 chargés en verre filtrant plutôt qu’en sable : finesse de rétention meilleure, consommation d’eau de lavage inférieure d’environ 30 %, durée de vie du média bien plus longue.
- Désinfection ultraviolette — lampes amalgame en corps inox 316L, 60 m³/h. C’est l’élément qui autorise à ne maintenir que 0,5 à 1,0 mg/L de chlore libre, contre 1 à 3 mg/L en piscine classique : moins d’odeur, moins d’irritation, moins de produit consommé.
- Chloration régulée — hypochlorite de sodium liquide dosé sur consigne ORP. L’électrolyse au sel a été écartée : à 3 g/L, en air marin, elle attaque toutes les pièces métalliques immergées et les fixations de la terrasse.
- Correction de pH — l’eau de puits du Piauí est généralement dure et basique, une correction acide permanente est à prévoir.
- Ultrasons anti-algues — deux émetteurs immergés en fonctionnement continu. Ils agissent physiquement sur les vésicules de gaz des cyanobactéries, sans algicide chimique.
- Robot de fond — passage nocturne quotidien. Dans ce concept, c’est le robot, et non le filtre, qui extrait la majeure partie des matières.
- Télémétrie — supervision à distance du pH, de l’ORP, du débit et du niveau, avec alarme sur dérive. Indispensable : à 30 °C, une dérive non détectée le vendredi soir donne une eau verte le lundi.
Bilan d’eau
| Poste | Quantité | Base de calcul |
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| Évaporation | ≈ 3,6 m³/jour | 6 mm/jour sur 605 m², valeur haute justifiée par le vent permanent de la côte de Parnaíba |
| Lavage des filtres | ≈ 0,5 m³/jour | Deux contre-lavages hebdomadaires d’environ 8 m³ |
| Entraînement par les baigneurs et éclaboussures | ≈ 0,3 m³/jour | Fréquentation modérée de resort |
| Appoint mensuel total | ≈ 130 m³/mois | À prélever au puits, environ 1 560 m³/an |
Un appoint de 1 560 m³ par an n’est pas anodin. Il faut vérifier la capacité du puits et le régime d’autorisation de prélèvement auprès des autorités de l’eau du Piauí avant d’arrêter le projet.
Faut-il chauffer ou refroidir ? Mon avis
Aucun chauffage. L’eau ne descendra jamais sous 26 °C, même en juillet. Un chauffage serait une dépense sans objet.
Aucun groupe froid non plus, mais pour une autre raison : refroidir 745 m³ de 2 °C en climat tropical demanderait un groupe de 150 à 250 kW, soit davantage que toute la consommation électrique prévue du site. C’est économiquement indéfendable.
En revanche le problème est réel : de novembre à mars, l’eau se stabilisera entre 30 et 32 °C, c’est-à-dire une eau tiède, agréable mais pas rafraîchissante, et propice aux algues. Trois leviers passifs y répondent, tous déjà intégrés au chiffrage :
- la cascade nocturne — huit heures de brassage et de projection d’eau la nuit refroidissent le bassin de 1 à 2 °C par évaporation, tout en l’oxygénant. C’est le seul dispositif de rafraîchissement au rapport coût/effet acceptable ;
- la fosse à 1,80 m — elle reste environ 1 °C plus fraîche et offre une zone de nage réellement agréable en fin d’après-midi ;
- l’ombre de la terrasse — la partie couverte du lagon est structurellement la plus fraîche du bassin, à condition d’y maintenir une circulation forcée.
Le corollaire à accepter : ce refroidissement par évaporation consomme de l’eau, environ 15 m³ de plus par mois, déjà intégrés au bilan ci-dessus.